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Au Laos, une démineuse veut éviter que d'autres subissent le même sort que son père

Mines et autres armes
Laos

Pendant la guerre du Vietnam, les États-Unis ont largué plus de deux millions de bombes sur le Laos. Les équipes de déminage de Handicap International effectuent des opérations de dépollution depuis 2006. Lumngen, démineuse pour l'association, explique son travail et ce qui la motive à relever ce défi.

Lumngen, de Handicap International, encadre son équipe de démineurs à Xepon, au Laos.

Lumngen, de Handicap International, encadre son équipe de démineurs à Xepon, au Laos. | © M. Feltner / Handicap International

« Je suis démineuse parce je veux rendre le Laos sûr pour ses habitants. Quand j’étais petite, mon père est parti ensemencer ses champs. Il utilisait une houe pour creuser des sillons dans la terre et y semer du riz. En donnant un coup de houe dans la terre, il a touché une bombe à sous-munitions. Le champ était tout près de chez nous et ma mère a entendu l’explosion. Elle est sortie en courant pour voir ce qui s’était passé et elle a trouvé mon père à terre, couvert de sang.

Il avait le visage déchiqueté et la langue pendante. Il essayait de sortir des éclats d’obus de sa bouche. Mon voisin a aidé ma mère à l’emmener à l’hôpital. Il souffrait énormément. Une nuit qu’il gémissait comme si on le torturait, il nous a dit : "Abattez-moi, je veux mourir." Il a fini par guérir et a vécu encore de nombreuses années. Il est mort de maladie en 2015. Mais je n’oublierai jamais combien il a souffert. C’est l’expérience subie par mon père qui m’a donné la force de choisir de devenir démineuse. J’ai commencé comme démineuse et je suis maintenant chef de section. Mon équipe d’enquête technique comprend six personnes.

Notre objectif est de trouver des traces de bombes à sous-munitions en surface ou sous la terre. Lorsque nous débutons dans une nouvelle zone, nous délimitons un carré de 50 mètres carrés avec au centre le point d’évidence où une bombe à sous-munitions a été identifiée. Nous signalons ce point avec un bâton. Les membres de l’équipe délimitent six sections égales allant du centre du carré vers ses bords. Ensuite, chaque démineur balaie sa section de l’extérieur vers le centre en recherchant d’autres traces de munitions.

La configuration du terrain nous complique la tâche. Nous devons nous frayer un chemin à travers la végétation et dans la saleté pour trouver des traces de munitions. Quand nous trouvons quelque chose, nous le signalons avec un piquet de couleur. Alors moi, la chef de section, j’enregistre le lieu dans le GPS avec l’heure et la date de découverte. Quand tous les membres de l'équipe ont terminé leur section, nous nous déplaçons et créons un nouveau carré adjacent à celui où nous avons trouvé des traces de bombes à sous-munitions. 

À la fin de la journée, j’informe notre chef d’équipe que nous avons des bombes à détruire. Une équipe mobile passe alors détruire les engins non explosés trouvés ce jour. Grâce aux carrés, nous pouvons établir une carte de la zone contaminée qui sera ensuite entièrement décontaminée. Je demande aux gens de me contacter avant de commencer à cultiver une terre. Je ne veux pas qu’il leur arrive la meme chose qu’à mon père. Je suis tellement fière de mon métier, parce qu’il contribue à mettre les gens en sécurité. Ils ne perdront pas de bras ou de jambe. Ils ne perdront pas la vie. »

Grâce à des démineurs comme Lumngen, Handicap International topographie et nettoie les terres contaminées. L’association a déjà détruit plus de 25 000 engins non explosés au Laos depuis 2006. Des centaines de zones ont été déminées et peuvent désormais accueillir en toute sécurité des cultures agricoles, des écoles, des cliniques, des routes et des habitations.


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Publié le 12 septembre 2016.

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