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« Nous ne savons pas ce qui pourrait arriver demain… »

Urgence
Irak

En 2014, Khalil a fui les bombardements avec sa famille, à l’arrivée du groupe État islamique dans sa ville. Déplacés à Kirkouk, lui, sa femme et ses trois enfants vivent dans des conditions très précaires. Handicap International les accompagne depuis plusieurs semaines, notamment à travers des sessions de soutien psychosocial.

En Irak, Khalil et sa famille bénéficient de l'aide de Handicap International

En Irak, Khalil et sa famille bénéficient de l'aide de Handicap International | © E. Fourt / Handicap International

Lorsqu’on entre dans la salle de briques où Khalil et sa famille ont trouvé refuge, on ressent immédiatement le froid. La pièce qui fait office de séjour, aménagée de quelques matelas posés à même le sol et d’un canapé, n’est éclairée que par la lumière du jour. C’est là que se tient Khalil, auquel l’équipe de Handicap International rend visite aujourd’hui. Yaser, travailleur psychosocial, s’enquiert de l’état du père de famille. « Je suis très inquiet », confie-t-il. « Cela me fait peur de ne pas savoir ce qui pourrait arriver demain. » Depuis plusieurs semaines, Khalil et sa famille sont victimes de menaces ; on leur demande de rentrer chez eux. « C’est quand même fou », s’exclame Laymouna, son épouse. « Ces gens qui nous menacent nous assimilent à des terrorristes, alors que ce sont justement eux que nous avons fui en quittant notre ville. »

> Lire également l'article "Rentrer chez nous sera trop difficile"

Yaser écoute Khalil et Laymouna et essaie de les rassurer. Le travailleur psychosocial est conscient de la détresse du père de famille, qu’il suit depuis plusieurs semaines. « Lorsque nous l’avons rencontré, il était très renfermé. Il parlait peu, ne sortait pas et n’avait pas d’amis. Il était aussi très déprimé car il ne pouvait pas travailler. Il commence à aller mieux, mais l’instabilité de sa situation et les menaces dont lui et sa famille sont victimes compliquent son quotidien… Notre présence est donc essentielle pour lui. »

Khalil sourit à Yaser :

« Handicap International est l’une des seules associations qui m’ont proposé leur aide en deux ans. Je suis reconnaissant qu’une de ses équipes ait un jour frappé à ma porte. Lorsqu’ils me rendent visite, je peux partager mes préoccupations, et ils m’encouragent à rester positif et aller de l’avant. »

"Il a de quoi être fier"

Aujourd’hui, Khalil partage notamment son inquiétude vis-à-vis de Mohammad, son fils de 15 ans. L’adolescent n’écoute pas son père et remet en question son autorité. « Il ne réalise pas la gravité de la situation dans laquelle nous nous trouvons », explique Khalil. Laymouna ajoute : « Lorsqu’il sort tard le soir ou qu’il va au café avec ses amis, j’ai toujours peur qu’il ne rentre pas. Qu’il lui arrive quelque chose et que cela se retourne contre nous... Notre statut de déplacés change beaucoup de choses, mais il est encore trop jeune pour comprendre. » Huda, travailleuse psychosociale, propose à Laymouna et Khalil d’organiser des séances familiales de soutien psychosocial, où chacun pourrait partager ce qu’il ressent. Assis à côté de son père, Mohammad accepte de participer. « Le fait que nous initiions ce dialogue entre eux peut les aider à mieux se comprendre », explique-t-elle, en prévoyant une séance de groupe pour la prochaine visite. 

L’équipe de Handicap International fait le maximum pour améliorer la situation de Khalil et sa famille. « Nous avons pris contact avec d’autres organisations pour qu’ils reçoivent une aide financière, de façon à améliorer leur quotidien », poursuit Yaser. « Nous avons également contacté des établissements de santé pour que le diabète de Khalil puisse être traité correctement. » Le travailleur psychosocial, lui aussi déplacé, compatit avec le père de famille. « Partager sa condition m’aide à comprendre ses préoccupations. Nous faisons notre possible pour l’aider et il ne le réalise peut-être pas, mais il m’aide également : mes discussions avec lui me font réfléchir et changer. Khalil est un modèle de détermination, il se bat contre l’adversité et son fils a de quoi être fier. »

> Lire également "Mossoul : près de 100 000 personnes déplacées en deux mois"

Publié le : 26 janvier 2017
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