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Zebidah : « Je suis heureuse de voir que j’ai un impact sur la vie d’une personne »

Réadaptation
Kenya

Au sein du camp de Kakuma au Kenya, Zebidah Monyoncho apporte soutien et soins à des personnes amputées et parfois en grande détresse psychologique. Passionnée par son métier d’ergothérapeute, elle partage avec nous son quotidien, ponctué de satisfactions immenses et de difficultés, mais qu’elle ne changerait pour rien au monde !

Au Kenya, les équipes de Handicap International ont fourni des soins de réadaptation à plus de 4 000 personnes en 2018. Parmi elles, Achol, une patiente suivie par Zebidah.

Au Kenya, les équipes de Handicap International ont fourni des soins de réadaptation à plus de 4 000 personnes en 2018. Parmi elles, Achol, une patiente suivie par Zebidah. | © Kate Holt / HI

Pouvez-vous partager avec nous une journée de travail au sein du camp de réfugiés ?

Zebidah : J’arrive chaque matin à 8 heures à l'atelier orthopédique qu’a mis en place Handicap International au sein du camp de Kakuma. Je commence par planifier la prise en charge des nouveaux patients. En tant que manager de l’atelier d’appareillage, je répartis également les tâches des personnes de mon équipe. Les techniciens qui travaillent avec moi sont des réfugiés que nous avons formés. Ils ont appris à fabriquer des prothèses et des orthèses, à les ajuster, les réparer, etc.

Le premier patient est reçu à 8h30 : nous évaluons quels sont ses besoins pour construire le meilleur protocole de soins. Nous lui demandons notamment quels sont ses antécédents puis nous procédons à un examen. S’il a besoin d’une aide à la mobilité comme un fauteuil roulant ou des béquilles, nous faisons en sorte de lui fournir dans la foulée. S’il s’agit d’une prothèse, nous prenons les mesures qui permettront sa fabrication. Il est essentiel pour nous d’apporter une réponse personnalisée et que tout matériel s'adapte parfaitement à chaque patient.

Au Kenya, les équipes de Handicap International ont fourni des soins de réadaptation à plus de 4 000 personnes en 2018.

Généralement, je consacre mes après-midis à la formation des réfugiés que nous avons recrutés. Leur formation passe par des sessions d'apprentissage au cours desquelles nous fabriquons un matériel qui a été mesuré plus tôt dans la matinée. Elle peut aussi prendre la forme de renforcement des compétences avec l’enseignement de nouveaux concepts. Notre objectif est tourné vers une qualité de soins et de services. Au cours de ces formations, j’attache aussi beaucoup d’importance à transmettre d’autres connaissances, par exemple sur ce qui va améliorer la qualité de vie des personnes en situation de handicap.

Qu'est-ce qui vous rend heureuse au travail ?

Pour moi, ce n'est pas seulement un travail, c'est une passion, c'est à la fois une source d'encouragement et de satisfaction. Ce qui me rend heureuse, c'est de voir que j'ai un impact sur la vie d’une personne. Le passage de la dépendance à l'autonomie chez les patients me donne l'espoir et l’envie d'aller plus loin, d’innover davantage malgré les ressources limitées dont je dispose. Lorsque je vois que nos patients se sont inscrits à l'école, qu'ils ont obtenu un emploi ou qu'ils se sont pleinement intégrés dans la communauté et qu'ils se construisent une nouvelle vie, cela m'encourage à continuer parce que j'ai le sentiment de faire une différence.

Qu'est-ce qui vous décourage parfois dans votre travail ?

Une chose très difficile dans mon travail est de prendre en charge des patients qui sont parfois très en colère et psychologiquement très fragilisés. La plupart d'entre eux, en particulier les personnes qui sont amputées, ont subi la guerre civile dans leur pays. Même après les premiers soins psychologiques et les psychothérapies fréquentes, ces patients sont toujours sensibles à la manipulation. 

Mon travail exige également que je demande ses antécédents à chaque patient, mais ce n'est pas toujours possible dans le camp de réfugiés de Kakuma à cause de la barrière de la langue. Dans ce cas, je suis contrainte de faire appel à des traducteurs pour faciliter la communication. 

Que ressentez-vous lorsque vous voyez les photos de ces deux patientes ? 

Au Kenya, les équipes de Handicap International ont fourni des soins de réadaptation à plus de 4 000 personnes en 2018. Au Kenya, les équipes de Handicap International ont fourni des soins de réadaptation à plus de 4 000 personnes en 2018.

Pour moi, ces deux photos montrent bien comment les appareils fonctionnels peuvent transformer des vies. Achol (assise sur une chaise) a été blessée par un tir au Soudan du Sud et elle a dû être amputée d’une jambe. Réfugiée dans le camp de Kakuma, elle a reçu une prothèse qui l’a aidée à s’accepter. Elle reconnaît que la prothèse est très importante pour sa mobilité car elle peut désormais prendre soin de toute sa famille. Pour la petite fille nommée Grace, sa prothèse lui a changé la vie car elle lui a permis d'être une enfant, de jouer librement avec les autres.

Souhaitez-vous partager un souvenir, un moment important que vous avez vécu au sein du camp de Kakuma ?

Je vais vous parler de Salim, un jeune homme de 19 ans amputé que j’ai soigné. Il était très déterminé malgré son handicap. Il a rejoint une école de formation professionnelle qui était éloignée de chez lui. Avant de recevoir sa prothèse, il devait vendre une partie de sa ration alimentaire pour payer le transport aller-retour jusqu’à l'école. Parfois, il devait passer plusieurs jours sans avoir un seul repas. Il avait même songé à abandonner ses études car sa ration mensuelle en nourriture ne lui permettait pas de tenir jusqu’au mois suivant. Depuis que Handicap International lui a fourni une prothèse, sa vie a changé. Il n’est plus obligé de vendre sa nourriture pour financer le transport jusqu’à l’école car il peut s’y rendre en marchant. Son niveau de confiance s'est amélioré ainsi que ses notes. Il s'est même marié.

Photos : © Kate Holt / HI

Publié le : 3 septembre 2019
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