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Les bienfaits de la réadaptation au Yémen

Réadaptation Santé Urgence
Yémen

Maud Bellon, chef de mission pour Handicap International au Yémen, décrit au fil des jours la situation à Sana’a, où l’association est basée et mène ses opérations dans le contexte de la plus grave crise humanitaire au monde.

Une séance de rééducation avec un blessé dans un centre spécialisé à Sana'a au Yémen - Handicap International

Séance de rééducation avec un blessé dans un centre spécialisé à Sana'a | © Peter Biro / HI

Mercredi 22 janvier 2019

Comme chaque jour, la kinésithérapeute Feida et la psychologue Athen se sont rendues à l’hôpital Al-Thawra de Sana’a. Avec plus de 500 lits, c’est le principal hôpital du Yémen. Les gens font parfois des centaines de kilomètres pour s’y faire soigner. Feida et Athen voient en moyenne 4 à 5 patients par jour, en plus de l’accompagnement et du conseil qu’elles assurent auprès du personnel médical de l’hôpital. 

Aujourd’hui, elles ont rencontré une nouvelle patiente : Shuruq, âgée de 15 ans, a de multiples fractures à la jambe après que le fusil de son mari est tombé par terre. Le chirurgien lui a posé des broches hier et nous commençons progressivement la rééducation. La psychologue, Athen, a passé du temps avec elle ce matin : Shuruq vient d’arriver à l’hôpital ; elle est complètement paniquée. Elle ne voulait pas que le personnel médical la touche. Elle vient d’un petit village reculé, a été mariée à l’âge de 13 ans, et elle se retrouve dans un grand hôpital dans une grande ville…. Elle est totalement dépassée par tout ce qui lui arrive. 

Athen l’a rassurée, a passé du temps à écouter son histoire et à lui expliquer comment allaient se dérouler les soins et surtout lui a bien fait comprendre les risques de handicap si elle ne suivait pas bien la rééducation.Ensuite, la kinésithérapeute Feida a fait les premiers exercices de rééducation avec elle : des mouvements pour la mobilité du genou, des exercices au niveau de la cheville afin d’éviter toute difformité. Elle lui a également appris les bons mouvements à faire pour sortir de son lit... Nous l’avons fait marcher avec un déambulateur sans poser le poids de son corps sur sa jambe blessée.

Et puis nous avons rencontré son mari pour lui apprendre à changer un bandage, à accompagner au mieux sa Shuruq pendant sa convalescence... Il doit pleinement jouer son rôle d’aidant.  

Lundi 7 janvier 2019

Aujourd'hui, nous sommes retournés au centre de rééducation de Sana’a. Nous avons terminé la rééducation de deux personnes munies d'orthèse : une jeune femme, victime d'un accident de voiture et avec une orthèse pour renforcer sa jambe droite ; un jeune homme blessé au pied par un éclat de mine, à qui nous avons fourni une orthèse pour soutenir sa cheville. C'était leur dernière séance. Ils arrivent désormais à se déplacer plus facilement.
Une partie importante des patients que nous recevons sont des victimes de mines. Je dirais environ 20 % des 30 patients suivis par semaine rien qu’au centre... Nous intervenons également dans 7 hôpitaux. 

Nous avons accueilli deux nouveaux cas aujourd'hui : deux jeunes hommes, l'un amputé sous le genou, l'autre au niveau du pied. Ils ont tous les deux été blessés lors d'un bombardement. Les patients de ce genre d'incident sont tous en état de choc. Ils vivent également un grand stress car ils sont presque toujours la seule personne à apporter un revenu à leur famille, souvent très pauvre. Ils sont souvent paysans et se demandent comment ils vont pouvoir continuer à travailler… C'est angoissant et ils ont besoin d'un soutien psychologique.

Hier, nous avons reçu un couple qui avait besoin de conseils pratiques et aussi d'être rassuré. Ils ont perdu leur maison-restaurant dans un bombardement il y a plusieurs mois. Leur petite fille de deux ans a perdu le bas de sa jambe dans l'explosion. Ils étaient totalement perdus. Nous leur avons appris à faire un bandage, à nettoyer la plaie, à mettre le moignon dans la bonne position. Nous les avons rassurés en les informant sur les prochaines étapes de la convalescence de leur petite fille. Ils ont tout perdu et ont besoin d’être soutenus. 

Jeudi 13 décembre 2018

La situation est très calme ces jours-ci à Sana’a. Il y a eu des bombardements, il y a deux semaines,  sur une base militaire de nuit. C’était assez éloigné. Cela a fait un peu trembler la maison… Depuis plus rien. Mais le conflit dans le pays reste particulièrement violent.

L’équipe de kinésithérapeutes et de psychologues continue de se rendre dans les hôpitaux et les centres de rééducation de la ville. Les besoins sont toujours aussi importants. Aujourd’hui, nous avons terminé la rééducation de deux patients après trois semaines d’exercices quotidiens. Il s’agit de deux jeunes hommes amputés en dessous du genou. A la fin de la rééducation, les patients ont souvent les mêmes questions : puis-je faire ma toilette en portant ma prothèse ? Dois-je l’enlever pour dormir ? Comment nettoyer le moignon ? S’il pleut, est-ce que je peux sortir avec ? Est-il normal qu’il y ait une mauvaise odeur ? Sur cette dernière question, comme le moignon est toute la journée dans la prothèse, il arrive que cela sente un peu fort, comme un pied dans une chaussure trop fermée.

A la fin de la rééducation, nous fournissons tous les conseils pratiques nécessaires et les patients savent qu’ils peuvent revenir nous consulter quand ils veulent. Beaucoup reviennent quelques mois après la réduction pour un réglage. Il n’est pas rare qu’une personne amputée ait perdu du poids et que l’emboiture (la partie de la prothèse qui s’encastre dans le moignon) doive être ajustée.

La plupart de nos patients sont très pauvres et peuvent faire jusqu’à 200 km pour venir se faire soigner par HI. Nos activités commencent à être connues dans la région. Une prothèse coûte très cher pour les habitants de ce pays, personne n’a les moyens de s’en payer une.

Lundi 26 novembre

Nous avons accueilli une nouvelle patiente au centre de rééducation aujourd’hui : Ferial est une jeune femme de 25 ans. Elle a reçu des éclats de bombe dans la jambe droite lors d’un bombardement il y a trois ans. Ils ont touché le nerf engendrant une paralysie. Elle a besoin d’une orthèse pour marcher.

Elle a également besoin de soutien psychologique : son mariage a été annulé suite à son accident. Elle se retrouve sans travail et souffre des remarques régulières de son entourage sur sa claudication. La psychologue de HI, Hilam, a décidé de la voir régulièrement en entretien pour lui redonner confiance en elle.

Jeudi  22 novembre

Le kinésithérapeute Ayman et la psychologue Hilam sont retournés au centre de rééducation de Sana’a ce matin. Ils ont examiné 3 patients et reçu Hussein pour la deuxième fois : Hussein a 23 ans. Il a été amputé en dessous du genou après avoir sauté sur une mine. Il était venu au centre il y a trois semaines mais c’était trop tôt pour porter une prothèse car son moignon n’était pas cicatrisé. On lui avait appris comment libérer le pus et nettoyer sa plaie. Lors de ce premier contact, on avait pris toutes les informations pratiques nécessaires : nom, âge, adresse… Il fallait également bien comprendre son type de blessure et son état psychologique : arrive-t-il à dormir ? A-t-il de de l’appétit ? A-t-il des angoisses ? A-t-il un comportement agressif ? C’est important à savoir pour s’assurer que le patient sera bien réceptif aux soins.

Aujourd’hui, après auscultation, Ayman a considéré qu’Hussein pouvait recevoir une prothèse. Son moignon est sain. Les suintements ont disparu. Il est capable de se tenir en équilibre sur une jambe... Ce sont des critères de ce genre qui permettent de dire si on peut munir un patient d’une prothèse où s’il faut encore attendre un peu… On a donc pris les mesures, fait un moulage et dans 5 jours il aura une prothèse à sa taille. On pourra commencer les exercices pour lui apprendre à s’en servir.

Jeudi 15 novembre

Aujourd’hui, le kinésithérapeute Aiman et la travailleuse psycho-sociale Sana sont allés au centre de réadaptation de la ville. Ils ont rencontré une quinzaine de patients qui sont appareillés ou qui vont l’être par le centre pour un check-up et des exercices.

Ils ont surtout passé du temps avec Afraq, une nouvelle patiente : Afraq a 12 ans. Elle habite à la campagne. Il y a 3 mois, elle a marché sur une mine alors qu’elle ramassait du bois pour cuisiner le dîner. Elle a dû être amputée d’urgence.

Maintenant, elle peut recevoir une prothèse. Son moignon est sain, il est suffisamment musclé. Il est bien cicatrisé et ne suinte pas. Aujourd’hui, nous avons pris des mesures et fait un moulage pour que le centre fabrique sa première prothèse. Nous couvrons les frais. Je dis « première » prothèse car en grandissant, il faudra qu’elle en change régulièrement…

En attendant, la semaine dernière, on a remplacé les béquilles axillaires (qu’on met sous les aisselles) que l’hôpital lui avait fournies par des cannes anglaises (avec des coudes et des poignées) qui permettent d’avoir une meilleure mobilité. Elle a ainsi une posture moins figée et une meilleure maniabilité. Elle peut se déplacer plus facilement et plus rapidement.

Sana lui apporte une aide psychologique essentielle. Une amputation, ça provoque un choc ! Afraq a perdu confiance en elle. Il faut la rassurer sur le fait qu’avec une prothèse elle pourra continuer à avoir une vie normale et à jouer avec ses amies comme toute petite fille de son âge… Elle ne doit pas avoir peur de courir, par exemple.

Une fois que sa prothèse sera fabriquée, nous commencerons les exercices pour lui apprendre comment l’utiliser, la chausser, se déplacer. Cela se fera en une dizaine de séances de 30 minutes étalées sur plusieurs jours.

Lundi 12 novembre

La situation sécuritaire est assez calme en ce moment à Sana’a. Cela fait quelques semaines qu’il n’y a presque plus de bombardements. Nous nous retrouvons au bureau le matin à 8 heures.

Les équipes partent ensuite dans les 8 hôpitaux et centres de rééducation où nous travaillons. C’est entre 20 minutes et une heure de route du bureau, selon le lieu. Ce sont des équipes de 2 à 8 personnes en fonction des besoins qui comprennent kinésithérapeutes et travailleurs psycho-sociaux… Elles y passent la journée et reviennent à 15 heures.

Elles mènent des séances de rééducation avec les blessées et des sessions de soutien psychologique. Elles accompagnent également les kinésithérapeutes de ces structures de santé et forment infirmières et médecins à la rééducation, en les formant aux bons gestes médicaux, et à l’utilisation du matériel…

Le travail est vraiment rythmé par des vagues de blessés quand il y a des combats et des violences. Nous pouvons nous retrouver face à un afflux important et soudain de patients… De plus, à Sana’a, nous nous trouvons dans une zone montagneuse traversée de déserts médicaux. Les gens peuvent venir de très loin pour recevoir des soins. L’absence de services (médicaux, sociaux, etc.) touchent de nombreuses zones au Yémen…

Publié le : 28 novembre 2018
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