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"J’ai trouvé près de 300 mines au cours de ma carrière"

Mines et autres armes
Tchad

Jason Mudingay Lufuluabo est chef des opérations de déminage de Handicap International au Tchad. Il explique son travail et raconte comment il est devenu démineur. Témoignage.

Jason Mudingay Lufuluabo, chef des opérations de déminage de Handicap International au Tchad

Jason Mudingay Lufuluabo, chef des opérations de déminage de HI au Tchad | © G. Lordet / HI

Je dirige une équipe de 73 personnes engagées dans les opérations de déminage dans les provinces du Borkou et de l’Ennedi, dans le Nord du Tchad. Je supervise les "enquêtes non techniques" – la phase d’enquête et de recueil d’informations pour déterminer si une zone est contaminée et nécessite l’intervention des démineurs – et les "enquêtes techniques", qui sont les opérations de déminage à proprement parler.

Ma priorité est de m’assurer que toutes les équipes respectent les procédures d’intervention que nous avons mises en place. Je coordonne également les contrôles que nous effectuons après chaque intervention d’une équipe de déminage. Ces contrôles sont obligatoirement effectués avant que les terrains déminés soient remis à disposition des populations locales.

Le sentiment d'avoir une mission

Je suis devenu démineur en 2002. Je venais de finir mes études. Handicap International lançait des opérations de déminage à Kisangani, en République démocratique du Congo, et cherchait à recruter et à former des futurs démineurs. J’ai postulé, j’ai été engagé. La passion pour ce travail est venue tout de suite, ainsi que le sentiment d’avoir une mission : au début des années 2000 dans la région de Kisangani, dont je suis originaire, il y avait régulièrement des accidents par mines. Si nous ne déminions pas nous-même notre pays, qui allait le faire ?

300 mines en 20 ans

J’ai travaillé en République démocratique du Congo jusqu’en 2011. Ensuite, ma carrière s’est déroulée à l’étranger. Cela fait un an maintenant que je dirige les opérations de déminage de Handicap International au Tchad, pays dans lequel j’ai déjà travaillé dans le passé.

En tout, j’ai trouvé près de 300 mines au cours de ma carrière. C’est ici, au Tchad, que j’en ai trouvé le plus. Beaucoup d’entre elles étaient en mauvais état. Elles ne pouvaient pas être déplacées ni désamorcées, et devaient être détruites sur place.

Toujours suivre les procédures

Démineur est un métier qui nécessite le respect absolu des règles de sécurité. Une anecdote montre l’importance de suivre rigoureusement les procédures d’intervention : en 2016, au nord du Tchad, avec mon équipe nous trouvions des mines antichar tous les jours. Les procédures permettent de protéger les équipes au cas où la mine est elle-même piégée. En quelques semaines, on a sécurisé 50 mines. Aucune n’était piégée. Mais la 51e l’était ! Cela m’a renforcé encore plus dans l’importance de ces règles.

Les spécificités du Tchad

Les conditions météo sont la difficulté numéro 1 au Tchad, notamment la chaleur et les vents de sable. Il peut facilement faire 50 degrés. Ce sont des conditions très dures pour un démineur qui porte sur lui tout un équipement de protection. Avec les vents de sable, la visibilité devient quasi nulle et le démineur n’entend plus le signal sonore du détecteur de métal. C’est dangereux et quand le vent est trop fort nous devons reporter les opérations.


Comment sécuriser une mine antichar

En mars et avril 2019, Handicap International a détruit 5 mines antichar. Jason Mudingay Lufuluabo a sécurisé la première. Il raconte cette journée :

« Il était 10h du matin. J’ai été appelé sur mon portable par le chef d’une équipe de démineurs : on venait de détecter une mine antichar. J’ai ordonné qu’on ne touche à rien. Je me suis rendu sur place pour évaluer ce qu’il fallait faire.

La mine était en bon état. Le terrain était plat. J’ai fait évacuer la zone et j’ai décidé de procéder à la "traction à distance", une manipulation qui consiste à déloger la mine de son emplacement à l’aide d’une corde longue de 200 mètres. On fait cela au cas où la mine serait elle-même piégée, ce qui est assez fréquent. On procède manuellement avec une corde et un grappin qu’on attache à la sangle de la mine. Après, on la tire sur 4 ou 5 mètres.

J’ai attaché la mine, déroulé la corde… Je rendais compte de chaque étape de mon intervention par talkie-walkie à l’équipe restée dans la zone de sécurité. Son rôle : veiller à ce que je respecte les procédures. Enfin, j’ai tiré la mine sur 5 mètres. Elle n’était pas piégée sinon elle aurait explosé.

Je suis revenu près de la mine pour la désamorcer : j’ai enlevé l’allumeur, mis le corps de la mine dans une casse à sable pour la stabiliser pendant son transport. Nous avons détruit l’allumeur sur place. La mine antichar a été détruite plus tard avec d’autres munitions.

Pour une telle intervention, il faut garder son sang-froid, rester concentré, avoir toutes les procédures en tête et utiliser les bons outils»

Publié le : 10 septembre 2019
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