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Traité d’Ottawa : 20 ans de victoires contre les mines, et encore tant à faire…

Mines et autres armes

Les 3 et 4 décembre 1997, le Traité d’Ottawa interdisant les mines antipersonnel était signé, marquant une victoire diplomatique sans précédent dans la lutte contre les "armes des lâches". Grâce à lui, le nombre de victimes a diminué, des millions de mines ont été détruites et l’utilisation de ces armes a été quasiment stoppée. Néanmoins, depuis 2014, les nombreux conflits voient l’utilisation de mines augmenter et le nombre de leurs victimes s’accroître. L’occasion de rappeler aux États qu’ils doivent rester mobilisés contre les mines, pour que cesse définitivement toute utilisation, que les financements nécessaires à leur éradication soient à hauteur de la tâche encore à accomplir et pour que les victimes ne soient pas oubliées.

Au Cambodge, Kanha Then, 17 ans aujourd'hui, victime d'un reste explosif de guerre et amputée à 6 ans. Elle rêve de devenir médecin.

Au Cambodge, Kanha Then, 17 ans aujourd'hui, victime d'un reste explosif de guerre et amputée à 6 ans. Elle rêve de devenir médecin. | © Eric Martin / Figaro Magazine / HI

Le Traité d’Ottawa a été adopté le 18 septembre 1997, sous l’impulsion de la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL)* dont Handicap International est l’un des six membres fondateurs. Ce texte interdit la production, l’emploi, le transfert et le stockage des mines antipersonnel, et prévoit l’assistance aux victimes. Il s’agissait d’une première mondiale et d’une très grande victoire pour les États et les associations mobilisées : c’était la première fois qu’un traité interdisant une arme conventionnelle était adopté. Le Traité a été ouvert à signature les 3 et 4 décembre 1997 à Ottawa. Il est entré en vigueur le 1er mars 1999.

20 ans de succès indéniables

  • Le Traité d’Ottawa compte aujourd’hui 162 États parties, soit plus de 80 % des nations du monde.
  • 28 États et un territoire ont finalisé leurs programmes de déminage depuis que le Traité est entré en vigueur en 1999.
  • Au moins 2 200 km² de terres minées ont été dépolluées, l’équivalent de plus de 20 fois la superficie de Paris.
  • 51 millions de mines stockées par les États ont été détruites.
  • Le nombre annuel de victimes recensées a été divisé par 10 grâce à l’entrée en vigueur du Traité en 1999, passant d’environ 30 000 victimes au début des années 90 à 3 353 en 2013.

Davantage de victimes depuis 2014

Cependant, depuis 2014, le nombre de victimes repart à la hausse après 15 ans de baisse presque continue. Et la grande majorité des victimes des mines antipersonnel restent les civils (78 % en 2015). Le rapport 2016 de l’Observatoire des mines, qui dresse le bilan de l’application du Traité d’Ottawa, montre ainsi que le nombre de nouvelles victimes de mines antipersonnel et restes explosifs de guerre a quasiment doublé entre 2014 et 2015 : au moins 6 461 personnes ont été tuées ou blessées par ces armes en 2015, contre 3 695 en 2014, soit une augmentation de 75 %. Ce chiffre représente le bilan le plus élevé enregistré par l’Observatoire depuis 2006.

Cette augmentation s’explique par des bilans particulièrement lourds dans les zones de conflit en Afghanistan, en Libye, en Syrie en Ukraine et au Yémen. En 2015, ces pays enregistraient en effet la majorité des nouvelles victimes des mines antipersonnel – industrielles ou de fabrication artisanale – et restes explosifs de guerre : Afghanistan (1 310), en Libye (1 004), au Yémen (988), en Syrie (864) et en Ukraine (589). À eux seuls, ces 5 pays représentent 74 % des victimes enregistrées en 2015. 

Par ailleurs, jamais l’Observatoire n’a comptabilisé autant de victimes de mines artisanales (engins explosifs fabriqués par les belligérants faisant office de mines) depuis la publication de son premier rapport annuel en 2000 : elles étaient 1 331 en 2015, soit 21 % des victimes recensées, un chiffre très certainement en-dessous de la réalité. 

Portrait d'Anne Héry, Directrice du plaidoyer à Handicap International« Les mines, encore présentes dans 63 pays et territoires, continuent de blesser et tuer. Presque toutes les heures, une nouvelle victime de ces armes est recensée dans le monde. Plus des trois quarts de ces victimes sont des civils et un tiers d'entre elles sont des enfants. Même si nous observons des progrès indéniables dans la lutte contre les mines, notre combat n’est pas terminé. Nous devons rester vigilants contre cette arme et continuer à mobiliser les États pour débarrasser la planète de ce fléau et apporter une assistance aux victimes sur le long terme. »

Anne Héry, Directrice du plaidoyer à Handicap International

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Drapeau de la Colombie Spécial déminage en Colombie : témoignages et portraits de démineurs et chefs d'équipe, vidéos


* La Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL)

En 1992, Handicap International fonde avec Mines Advisory Group (Royaume-Uni), Medico International (Allemagne), Human Rights Watch/Arms Project (États-Unis), Physicians for Human Rights (États-Unis) et Vietnam Veterans of America Foundation (États-Unis) la Campagne internationale pour interdire les mines antipersonnel (ICBL), coalition qui sera rejointe par plus de 1 000 associations issues d’une soixantaine de pays. Elle lance une campagne internationale de mobilisation citoyenne contre les mines antipersonnel qui aboutit, en 1997, à l’adoption et la signature du Traité d’Ottawa, premier traité d’interdiction d’une arme conventionnelle. La même année, les efforts des ONG d’ICBL, dont Handicap International, sont récompensés par le prix Nobel de la paix pour avoir « initié les efforts internationaux visant à obtenir l'interdiction des mines antipersonnel ».

Publié le : 1 décembre 2017
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