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L’action contre les mines en 2018

Déminer les terres
Colombie Irak

Les évolutions du déminage tiennent beaucoup aux mutations récentes des contextes d’intervention. Thomas Hugonnier, responsable de l'action contre les mines au siège de Handicap International, explique les caractéristiques du déminage aujourd’hui.

Équipe de démineurs de Handicap International en Irak

Équipe de démineurs de Handicap International en Irak | © Elisa Fourt / HI

Portrait de Thomas Hugonnier, responsable de l'action contre les mines au siège de Handicap InternationalThomas Hugonnier, responsable de l'action contre les mines au siège de HI : Je vais partir de deux exemples opposés. Nous menons des opérations de déminage en Colombie depuis début 2017. Dans ce pays, nous collons à la lettre au Traité d’Ottawa*. Je veux dire par là que nos opérations de déminage suivent un processus de paix entre les anciennes parties prenantes au conflit : un accord a été signé en 2016 et les opérations de déminage humanitaire ont été lancées dans la foulée, permettant de libérer des terres, de réduire le nombre de victimes et les risques de tension entre anciens belligérants qui seraient causés par de nouvelles victimes. Le déminage humanitaire participe ainsi pleinement à la consolidation de la paix dans le pays. Il est même devenu un argument entre le gouvernement et l’ELN (Armée de libération nationale) qui n’a pas signé l’accord. Les deux parties proposent un "geste de paix" qui pourrait s’illustrer par du déminage humanitaire, et ceci permettrait de renforcer la confiance mutuelle.

Intervenir dans un pays en conflit

Au contraire, en Irak, nous menons des opérations de déminage depuis 2016 dans un contexte de guerre. Le pays connaît une contamination historique due aux conflits des années 80 et 90, puis une contamination récente liée au conflit actuel, marquée par le recours intense aux  bombardements et à l’utilisation d’engins explosifs improvisés (EEI), ce qui expose les équipes de déminage à de nouveaux défis techniques, mais aussi éthiques.

Principe de neutralité

En effet pour intervenir, plusieurs principes s’imposent à nous. Nous devons être particulièrement attentif à ce que la "neutralité" de Handicap International soit évidente pour la population. Nous intervenons pour la sécurité des populations civiles, jamais au bénéfice d’aucune partie prenante au conflit. C’est pourquoi nous menons nos opérations de déminage dans des zones qui ne sont plus des "zones d’hostilité actives", c’est à dire où il n’y a plus de front ni de combats. Le choix de ces zones reposent sur une analyse fine des dynamiques du conflit pour nous permettre d’intervenir dans des zones stabilisées dans lesquelles les populations civiles tentent de retrouver une vie normale.

Deuxième principe : lutter contre les armes non discriminantes. Le combat de Handicap International contre les mines antipersonnel est avant tout motivé par le fait qu'elles touchent indifféremment militaires et civils. De la même manière, la plupart des EEI utilisés dans les conflits récents sont déclenchés par la victime elle-même lors de son passage, en activant un fil dissimulé ou en ouvrant une porte. Ainsi, nous considérons que ce type d’engins explosifs rentre dans le champ d’action du Traité d’Ottawa, et les victimes doivent être protégées par cette convention internationale. Les EEI représentent également un enjeu technique : nos démineurs sont spécialement formés à ce qu’on appelle le "Highly Risk Search" : les enquêtes à haut risque. Car chaque mine improvisée est différente de l’autre et les détecter est une activité délicate.

Enfin, dernier principe, Handicap International répond à la globalité des besoins humanitaires en Irak, le déminage étant seulement une partie de ces besoins. Dans ce pays, l'association mène des actions de réadaptation physique, de soutien post-traumatique et de soutien en santé mentale et accompagnement psychosocial auprès des victimes du conflit.

La mobilisation citoyenne

Handicap International mène la campagne "Stop Bombing Civilians" (Stop aux bombardements des civils) et appelle les citoyens à signer la pétition pour faire pression sur les États et les inciter à s’engager contre l’utilisation des armes explosives en zones peuplées, une pratique inacceptable qui tue et blesse en grande majorité des civils. En 2016, 43 000 personnes ont été tuées ou blessées par des armes explosives. Quand elles sont utilisées en zones peuplées, les armes explosives tuent à 92 % des civils.


* Le Traité d’Ottawa interdit l'acquisition, la production, le stockage et l'utilisation des mines antipersonnel. Il a été ouvert à signature le 3 décembre 1997. Il est entré en vigueur le 1er mars 1999. 163 États en sont aujourd'hui signataires. 162 sont États parties au Traité. Entre autres obligations, il demande aux États parties de déminer en 10 ans leurs territoires contaminés par des mines.

Publié le : 5 février 2018
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