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Rééducation des blessés de guerre civils : les bienfaits de la kinésithérapie

Réadaptation
International

Les personnes blessées, amputées après un bombardement suivent des séances de kinésithérapie après leur opération. Quelle est l’utilité de ces exercices ? Quels sont leurs effets sur la condition physique du blessé ? Réponses avec Isabelle Urseau, experte en réadaptation à Handicap International.

Adel a été blessé avec sa fille dans un bombardement à Mossoul en 2017.

Adel a été blessé avec sa fille dans un bombardement à Mossoul en 2017. | © Peter Biro / HI

Qu’est-ce qu’un moignon ? 

Portrait d'Isabelle Urseau de Handicap InternationalIsabelle Urseau : Le moignon est la partie restante du membre amputé qui consiste en l’os du membre coupé, entouré de masse musculaire qu’il faut retonifier. Une amputation provoque un trauma important et les suites d’une telle opération sont très douloureuses. 

Pourquoi les personnes amputées ou blessées ont-elles besoin d’exercices de kinésithérapie ? 

IU : Le moignon d’une personne qui vient d’être amputée présente toujours un œdème qu’il faut résorber : il faut obtenir un moignon « bien sec » - comme on dit dans le métier - pour pouvoir y chausser une prothèse. Pour cela, il faut faire travailler les muscles du moignon en faisant des exercices, dits de rééducation. Or, le muscle qui a été traumatisé et immobilisé depuis un certain temps après l’opération a en partie fondu ; C’est le moignon qui servira précisément de bras de levier pour manier la prothèse. 

Le moignon possède donc un muscle qu’il faut renforcer…

IU : C’est cela. Mais ces exercices servent également à éviter ce qu’on appelle « les rétractions » du muscle – cela est valable aussi bien pour un amputé que pour quelqu’un qui a une fracture ou une brûlure : quand un patient est immobilisé dans son lit dans une certaine position, son membre a tendance à conserver la forme imprimée par cette position. Les muscles ont tendance à se rétracter et l’articulation à se raidir.
Cela peut être rétabli, mais c’est long et cela nécessite parfois à nouveau de la chirurgie. Dans certains pays où la kiné post-opératoire est inexistante, on voit des amputés de la cuisse se servir de leur béquille pour poser leur moignon : ils prennent l’habitude de faire reposer leur cuisse amputée sur la poignée. La jambe prend alors rapidement la forme d’une équerre. Il faudra des exercices de kiné pour retrouver souplesse, capacité de flexion et d’extension et permettre l’accueil d’une prothèse. 

Une amputation entraîne également un choc psychologique…

IU : Une amputation entraîne toujours un choc psychologique, effectivement. Être pris en charge par des professionnels comme un kiné, individuellement ou en groupe, est très important pour motiver le patient, l’encourager à faire ses exercices, lui permettre d’accueillir et d’accepter la prothèse. Si la personne n’est ni suivie, ni accompagnée, elle abandonne presque toujours cette phase de la réadaptation, ce qui engendre une perte de mobilité plus ou moins importante...

La kinésithérapie est-elle efficace pour les patients pris en charge longtemps après leur blessure, comme dans le conflit en Syrie ? 

IU : Dans les conflits compliqués comme en Syrie, nous accueillons des personnes qui commencent leurs premiers exercices des mois, voire des années après leur accident : retrouver du tonus musculaire, de la souplesse est alors beaucoup plus difficile, mais pas impossible...
Souvent ces personnes ont développé d’autres capacités pour compenser leur handicap ; mettre une prothèse ne leur semble pas une amélioration de leur condition. Ils ont le sentiment de perdre en autonomie. Parfois, c’est le cas. D’autre fois, il faut juste faire de la rééducation et apprendre comment utiliser la prothèse. C’est là encore que l’intervention d’un kiné est importante.


La mobilisation citoyenne

Handicap International mène la campagne Stop Bombing Civilians contre les bombardements des civils et appelle les citoyens à signer la pétition pour faire pression sur les États et les inciter à s’engager contre l’utilisation des armes explosives en zones peuplées, pratique aveugle qui tue et blesse en grande majorité des civils. En 2016, 43 000 personnes ont été tuées ou blessées par des armes explosives. Quand elles sont utilisées en zones peuplées, les armes explosives tuent à 92 % des civils. Dites non aux bombardements des civils, signez la pétition

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Publié le : 15 mars 2018
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