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Mossoul : une ville et ses habitants dévastés par les bombardements

Lutter contre les mines, les BASM et restes explosifs de guerre
Irak

L’offensive de Mossoul en Irak entre octobre 2016 et juillet 2017 a fait plusieurs milliers de morts, 35 000 blessés et un million de déplacés. Maud Bellon, coordinatrice des programmes d’urgence jusqu’en janvier 2018, explique le contexte d’intervention et les actions déployées par Handicap International pour répondre à la crise.

Originaire de Mossoul Ouest, Abdallah souffre dune fracture de la jambe suite à l'explosion d'un missile.

Originaire de Mossoul Ouest, Abdallah souffre dune fracture de la jambe suite à l'explosion d'un missile. | © William Daniels / HI

Quel était ton rôle dans la crise de Mossoul ? 

Maud Bellon : J’ai rejoint la mission Handicap International début octobre 2016 en tant que chef de projet. Mon rôle était de mener les évaluations nécessaires pour nous préparer à la crise humanitaire qu’allait engendrer l’offensive militaire à Mossoul : évaluer le nombre de déplacés à venir, leur itinéraire possible et les camps envisagés, définir les zones d’intervention à privilégier, identifier les besoins et les actions des autres ONG…

Et l’offensive a commencé…

MB : Nous savions que l’offensive était imminente. Au bout d’une semaine sur le terrain, le 17 octobre précisément, les combats ont effectivement commencé. Il a fallu tout de suite organiser nos équipes et répondre à l’urgence. 

Comment la réponse de Handicap International a-t-elle été organisée ? 

MB : Comme toutes les ONG, nous avons été dépendants de l’offensive militaire pour déployer nos programmes et définir nos zones d’intervention. La coalition contre le groupe État islamique a commencé par prendre les villes et les villages alentours, d’où sont venus les premiers déplacés. Ensuite, elle a avancé sur la partie est de la ville. Beaucoup se sont réfugiés à l’ouest. Une fois l’est de la ville prise, en janvier 2017, et après une pause de plusieurs jours, la coalition a attaqué la partie ouest de la ville. La crise a été assez progressive, ce qui nous a permis de développer nos équipes au fur et à mesure que le flot de déplacés et les besoins augmentaient. 

Handicap International a commencé par travailler dans les camps ? 

MB : Oui, les tous premiers camps ont ainsi été ouverts à l’est et au sud-ouest de la ville. Nous avons tout de suite mis en place des sessions de kinésithérapie, fourni du matériel d’aide à la mobilité, donné des conseils aux aidants, fait du soutien psychosocial et de la sensibilisation aux risques liés à la présence des mines.

L’association a également travaillé dans les hôpitaux… 

MB : Notre cible première était les blessés des combats. Au départ, comme il y en avait peu dans les camps, nous avons concentré nos efforts dans notre participation au système de prise en charge des blessés mis en place par l’Organisation mondiale de la santé. Ce système consistait à assurer le suivi des civils blessés sur toute la chaîne médicale, du triage dès les zones de combat aux soins post-opératoires. HI étant spécialisée dans la kinésithérapie post-opératoire, l’enjeu dans cette chaîne était d’éviter que des patients ne sortent trop tôt de l’hôpital, d’éviter les complications et les infections. Il faut savoir que tous les hôpitaux étaient débordés et que dès qu’une opération était effectuée, le patient devait libérer son lit pour le blessé suivant qui avait un besoin urgent d’une opération. 

La coordination avec les autres ONG était importante ?

MB : Oui, nous avons établi un premier partenariat avec Médecins sans frontières France et le département de la santé irakien dans trois hôpitaux autour, puis dans Mossoul. À chaque fois, nous faisions de la kinésithérapie post-opératoire et du soutien psychosocial. Il était important de faire les deux ensemble car nous avions à faire à des personnes blessées, avec des traumatismes psychologiques, qui pouvaient ne plus être réceptifs aux soins, qui ne pouvaient ne plus vouloir se battre pour retrouver leur autonomie. 

Avec le recul, comment vois-tu cette mission ? 

MB : Sur les zones de conflit, c’est le chaos. Le traçage des patients est un vrai défi. Les besoins ont été immenses jusqu’à la fin de l’offensive, en juillet, et même après... Tous les jours, nous traitions des personnes blessées par les bombardements et les combats, des victimes de mines, de restes explosifs ou de pièges dans les maisons alors que la population rentrait chez elle après les combats. Les sessions d’éducation aux risques des mines ont été essentielles pour diminuer les risques d’accidents. 

Comment évalues-tu personnellement l’impact de la guerre sur les civils ? 

MB : Il y a eu près de 6 000 frappes aériennes entre octobre 2017 et juillet 2018 sur Mossoul, deuxième ville d’Irak avec plus de 2 millions d’habitants. Les bombardements sont une technique imprécise avec laquelle il est difficile de faire la distinction entre les combattants et les civils. Certains de ces bombardements ont fait énormément de victimes civiles. 
Les bombardements provoquent une très grande proportion de blessures très graves ou invalidantes. Et au final, les dégâts matériels sont considérables. Mossoul est totalement ravagée. C’est très choquant à voir. Il y a maintenant des centaines de restes explosifs de guerre dans les gravats, il faudra des années pour tout reconstruire. Pendant ce temps, toute une population aura d’énormes difficultés d’accès aux services (hôpitaux, écoles, services publics). 


Le chaos de la guerre 

« Au tout début de l’offensive, je me souviens un jour d’un père qui nous avait appelés paniqué : son jeune fils qui avait été très gravement blessé lors d’un bombardement venait tout juste d’être opéré du bras alors qu’il ne cicatrisait toujours pas d’une double amputation des jambes effectuée quelques semaines auparavant. On lui demandait de quitter l’hôpital sur le champ pour libérer le lit, son cas n’étant plus considéré comme urgent au regard des flots de blessés qui arrivaient. On a demandé au père de conduire son fils au centre de HI pour procéder à l’examen de son cas. L’amputation n’était en effet pas jolie. Ca suintait. L’enfant était déshydraté et sous-alimenté. On a aidé à ce qu’il reprenne des forces. On a expliqué à la famille comment faire des bandages pour que les moignons puissent être insérés dans des prothèses et fourni un fauteuil roulant. On a pu faire en sorte qu’il soit pris en charge par l’hôpital de MSF France à Mossoul. L’équipe médicale nous envoyait régulièrement des photos des plaies pour qu’on puisse faire des recommandations sur le suivi de sa cicatrisation et l’évolution de son moignon. Maintenant, il marche avec des prothèses. »

Maud Bellon, coordinatrice de programmes d’urgence

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Publié le : 15 mars 2018
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