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Yémen : « Nous faisons face à beaucoup de cas d’amputation »

Solidarité Urgence
Yémen

Le conflit et le blocus imposé en novembre 2017 par la coalition dirigée par l’Arabie Saoudite ont des effets dévastateurs sur les Yéménites. Handicap International apporte des soins de réadaptation, une aide psychologique et distribue des aides à la mobilité. Maud Bellon, directrice de l’association au Yémen, décrit la situation.

 

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Quelle est la situation au Yémen ?

Maud Bellon : J'ai passé plusieurs jours à Aden car nous espérons ouvrir de nouveaux programmes humanitaires dans la ville et dans les gouvernorats de Taizz et Lahj en janvier prochain. Aden n'est pas la cible des violences contrairement à d'autres villes comme Hoddeidah (Est du pays), par exemple, où se déroulent des combats extrêmement intenses, où Sa'ada, dans le Nord, qui est pilonnée presque tous les jours. Aden est devenue dangereuse davantage à cause de l'augmentation de la criminalité et des manifestations contre l'augmentation des prix. Les groupes armés se sont multipliés. Des attaques ciblées et des assassinats de dirigeants ont lieu régulièrement. Le gouvernement d'Aden est divisé en deux camps rivaux…

Pouvez-vous expliquer le blocus mis en place il y a un an ? 

En novembre 2017, la coalition militaire dirigée par l'Arabie Saoudite a imposé le blocus du pays sur toutes les importations. Les importations de fuel sont suspendues, des circuits parallèles se sont mis en place. Les prix de tous les produits dans le pays – denrées alimentaires, gaz, etc. – ont augmenté et il est quasiment impossible pour une famille yéménite de vivre normalement.

De plus, les combats violents depuis le début de l'année à Hoddeidah – où se trouve le port par lequel transitent près de 80 % des importations au Yémen (et également la majorité de l'aide humanitaire) – aggravent la crise et fragilisent encore plus des millions de Yéménites qui s'efforcent déjà de survivre.

Alors que presque toutes les denrées alimentaires sont importées, les effets combinés du conflit et du blocus mettent 18 millions de personnes en situation d'insécurité alimentaire, soit 60 % de la population totale. Alors que l'accès à l'eau potable est très difficile dans de nombreuses zones, on observe également la résurgence de cas de choléra ces dernières semaines.

Où Handicap International mène-t-elle ses opérations humanitaires ?

Pour l'instant, toutes les opérations humanitaires de l'association se déroulent à Sana'a, la capitale. Depuis 2015, nous fournissons des soins en réadaptation et du soutien psychologique, ainsi que des aides à la mobilité (prothèses, béquilles, fauteuils roulants, etc.). Nous intervenons dans 8 hôpitaux et centres de rééducation physique. En trois ans, 20 000 personnes ont reçu une aide en réadaptation, 17 000 en soutien psychosocial et 9 500 ont reçu des aides à la mobilité. 60 % des personnes que nous soignons ont été blessées (conflit, accidents de la route, etc.). Par ailleurs nous avons mené récemment un programme de distribution d'aide financière à près de 600 familles

Quelles sont les conditions de sécurité à Sana'a ?

Les combats continuent principalement en périphérie de Sana'a. Il y a des bombardements sporadiques. Une équipe a dû rentrer d'urgence au bureau parce que l'hôpital où elle se rendait était trop près de la zone bombardée. L'aéroport de la ville a été bombardé récemment. Nous avons une préoccupation permanente de la sécurité de nos équipes, car ce contexte est extrêmement volatil. 

« Les blessés arrivent par vagues, selon l'intensité des combats. Ils sont principalement victimes d'explosions, de tirs par balle… Nous recevons également beaucoup d'accidentés de la route. Nous faisons face à beaucoup de cas d'amputation. Comme les hôpitaux sont encombrés, le personnel médical les renvoie tout de suite après l'opération chirurgicale, sauf quand le patient a les moyens. Le principal problème réside aussi dans la très grande difficulté à transporter les blessés des lignes de front vers les hôpitaux, sans parler des coûts du transport et des frais d'admission à l'hôpital. »

Maud Bellon, directrice de Handicap International au Yémen

>> Lire également "35 organisations appellent à une cessation immédiate des hostilités au Yémen"


Principaux faits sur la crise humanitaire au Yémen

  • Les 5 et 6 novembre 2017, la coalition dirigée par l'Arabie Saoudite impose un blocus total des aéroports, des ports maritimes et des frontières terrestres au Yémen. 
  • Plusieurs ports aériens et maritimes ont rouverts partiellement depuis.
  • 12 millions de personnes sont en situation de malnutrition.
  • Plus de 16 millions de personnes n'ont pas accès à l'eau potable, à l'assainissement et à l'hygiène.
  • La valeur de la monnaie locale, le riyal yéménite, a considérablement chuté en 2018, rendant inaccessibles de nombreux biens et l'accès aux besoins essentiels (santé, nourriture, logement…).
  • L'Organisation mondiale de la santé a signalé 13 500 cas de choléra en octobre 2018 et alerté sur la menace d'une nouvelle épidémie.

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Publié le : 8 novembre 2018
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