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La moitié des enfants handicapés sont encore exclus de l'école

Droit Inclusion
International

À l'occasion de la Journée mondiale de l'enfance, Handicap International publie le 20 novembre un rapport sur les problèmes d’accès à l’éducation des enfants handicapés dans le monde. Valentina Pomatto, responsable du plaidoyer Inclusion à l'association, explique les enjeux de l’éducation inclusive.

Amputé d'une jambe, Philémon a été parfaitement intégré dans sa classe en République démocratique du Congo.

Amputé d'une jambe, Philémon a été parfaitement intégré dans sa classe en République démocratique du Congo. | © P. Meinhardt / HI

32 millions d’enfants handicapés n’ont pas accès à l’éducation dans les pays à revenus faible et intermédiaire. Une exclusion qui peut être résolue ! Entretien avec Valentina Pomatto, responsable du plaidoyer Inclusion à Handicap International.

Les enfants handicapés sont-ils toujours exclus du système scolaire ?

Valentina Pomatto : Ils restent les premiers exclus du système éducatif. 50 % des enfants handicapés dans les pays à revenus faible et intermédiaire en sont toujours exclus. Seulement 42 % des filles handicapées terminent l'école primaire, contre 51 % des garçons handicapés (source : Unicef). Les enfants ayant un handicap sensoriel, physique ou intellectuel ont un taux de scolarisation faible, avec deux fois et demi plus de risques de ne pas être scolarisés du tout (source : Unesco).

Qu’est-ce qui empêche leur accueil à l’école ?

Valentina Pomatto : Beaucoup d’établissements scolaires restent inaccessibles, par exemple pour une personne en fauteuil roulant. Le matériel pédagogique, comme un livre de classe, est souvent inadapté. Les enseignants sont peu préparés à accueillir un enfant handicapé : tel professeur ne pensera pas à installer au premier rang un élève qui a une difficulté visuelle et pensera qu’il n’a pas le niveau, alors qu’il n’arrive tout simplement pas à lire le tableau... Lever ces obstacles est essentiel.

Mais ce n’est pas toujours suffisant…

Valentina Pomatto : Non, et c’est l’objet de notre rapport. De nombreux obstacles se trouvent en dehors de l’école. On voit mille scénarios : un enfant n’a pas accès à des soins en réadaptation, trop éloignés ou trop coûteux ; son état de santé se dégrade et il se retrouve incapable de suivre sa scolarité. Des parents ont perdu leur emploi ; en l’absence de filet social, ils demandent à leur enfant d’abandonner l’école et de travailler pour soutenir la famille. Les préjugés dans l’entourage peuvent être forts et ont la vie dure : une personne handicapée n’est pas capable de suivre des études, pensera-t-on, à quoi bon l’envoyer à l’école...

De plus, les enfants handicapés, quand ils sont scolarisés, le sont souvent dans des conditions de ségrégation : en Asie, en Amérique Latine et aux Caraïbes, plus de 40 % des pays tendent encore vers des systèmes éducatifs spécialisés (source : Global Education Monitoring Report, 2020). Cette solution n’est pas acceptable car cela renforce le stigma et la discrimination.  

Le Covid, un défi supplémentaire pour l’inclusion des enfants handicapés ?

Valentina Pomatto : Jusqu'à 90 % des enfants et des jeunes ont vu leur éducation perturbée depuis le début de la pandémie en mars 2020. 30 pays connaissent encore des fermetures d'écoles complètes, soit environ 33 % de la population étudiante (source : Unesco). Parmi eux, beaucoup d’enfants handicapés ont arrêté l’école.

Il y a eu de nombreuses initiatives pour garantir l’éducation à distance pendant les mesures de confinement, notamment en ligne. Mais la plupart des enfants handicapés sont issus de familles très pauvres qui ont rarement un ordinateur à la maison. De plus, les cours sur YouTube ou à la radio, comme cela a été fait dans certains pays, ne sont pas accessibles à des enfants sourds ou aveugles.

Enfin, il faut comprendre que l’école offre bien plus que des cours : c’est là qu’une grande partie des enfants prennent leur seul repas de la journée, accèdent à des services de soins dispensés dans le cadre scolaire, ont accès à des services de protection de l’enfance... Pendant les mesures de confinement et la fermeture des écoles, tout cela pour eux a disparu.

Que demande Handicap International ?

Valentina Pomatto : Nous demandons aux bailleurs internationaux, dans leur aide au développement, d’investir dans l’éducation. Le financement pour l’éducation a stagné ces dix dernières années, accentuant le risque d’une augmentation des inégalités. Nous demandons un investissement dans une éducation gratuite et inclusive, qui ne reproduise pas un système scolaire qui ségrégue les enfants.

Nous incitons les États des pays à revenus faible et intermédiaire à coordonner l’éducation avec la santé, les services sociaux, la protection de l’enfance, les transports… Cela veut dire, par exemple, une politique d’aide aux familles démunies, la mise en place d’un système de soins décentralisé (car souvent les centres médicaux n’existent que dans les grandes villes et sont inexistants en zones rurales ou reculées), des transports abordables et sûrs pour aller à l’école.

Nous leur demandons surtout d’écouter les personnes handicapées, leurs familles et les organisations qui les représentent : elles sont les mieux placées pour faire des propositions concrètes et améliorer l’accès à l’école.


> Télécharger le rapport de Handicap International (en anglais)

> Lire aussi "Tous les enfants ensemble à l'école !", les actions de Handicap International pour une école plus inclusive

Publié le : 20 novembre 2020
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