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« Je fais de mon mieux, mais j'ai tellement peur »

Réadaptation Urgence
République démocratique du Congo

Jacquie, 32 ans, mère de sept enfants, raconte son histoire et celle de sa fille, qui a perdu une jambe dans des affrontements entre groupes rebelles au Nord Kivu en RDC.

Jacquie, mère de 7 enfants, avec sa fille Kelvine, toutes les deux victimes de conflit au Nord Kivu en RDC, devant l'hôpital de Rutshuru.

Jacquie avec Kelvine et un autre de ses enfants à Ruthsuru, après une séance de réadaptation. | © Patrick Meinhardt / HI

Jacquie vivait près de Buito, au Nord Kivu en République démocratique du Congo, avec son mari et leurs six enfants. Elle témoigne avec émotion :

« Un jour, j’ai été frappée par mon enseignant. Suite à cet épisode, je ne suis plus jamais retournée à l'école. Et puis je devais aider mes parents dans les champs. Il y a près de trois ans, des rebelles sont entrés dans notre maison et ont kidnappé mon mari. On l’a retrouvé mort quelques jours plus tard dans notre propre champ. Le cauchemar. Après son décès, j’ai été critiquée, jugée par les femmes de mon village. Une veuve avec autant d’enfants à charge, ça ne rassure personne. Plus tard, une autre attaque a eu lieu dans le village. On a dû s’enfuir. On est sorti de la maison, les rebelles ont commencé à tirer. Les voisins tombaient les uns après les autres, morts. Ma petite fille Kelvine, 8 ans à l’époque, a été fusillée devant moi. Je me suis évanouie. Quand j’ai repris connaissance, j’étais dans un centre de santé. On m’a dit que Kelvine était vivante, soignée à l’hôpital de Rutshuru. Quand j’ai enfin revu ma fille, elle avait été amputée de la jambe droite.

Kelvine a suivi des séances de réadaptation avec Handicap International et a participé à des séances de soutien psychosocial, ce qui lui a fait du bien. Elle a passé plus de deux mois à l’hôpital de Rutshuru. Quand elle a repris suffisamment de forces, on est retourné au village. Mais cette terre est déchirée par les conflits, nouvelles attaques, maisons brûlées, femmes violées... on a dû fuir, encore. J’ai loué une petite maison dans un autre village et j’ai commencé à travailler dans les champs. Je gagnais 2 000 francs congolais par jour (1 euro). Comment survivre ?

J’ai rencontré un homme, veuf lui aussi, qui m’a demandé de l’épouser. J’étais très sceptique : un homme qui accepte de s’occuper d’une femme et de ses six enfants ? Il m’a promis qu’il prendrait soin d’eux, il a commencé à payer les médicaments, les soins pour Kelvine. On s’est marié, je suis tombée enceinte. Le jour où j’ai accouché, il m’a dit : "Abandonne tes autres enfants, on part à trois en Ouganda". J’ai refusé, et il est parti.

Aujourd’hui, je vis dans une maison de paille avec mes sept enfants. Kelvine va toujours à l’hôpital, elle continue d'être aidée par un kiné de Handicap International, elle participe à des activités de soutien psychosocial avec d’autres enfants. Elle joue, elle se confie, elle reprend confiance en elle. Elle chante même dans une chorale. Mais nous sommes si vulnérables. On nous critique. On dit que ma fille ne se mariera jamais. Et moi, je fais de mon mieux, mais j’ai tellement peur. »

 

 

> Lire aussi "Au Nord Kivu, de la réadaptation d’urgence pour plus de 1 600 victimes de conflit"

Publié le : 3 mars 2020
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