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Hommage à Bertrand Tavernier : lumière sur un réalisateur engagé

Solidarité
France

Bertrand Tavernier, décédé le 25 mars, était un soutien sans faille de Handicap International. D’abord mobilisé pour la réalisation de 10 courts-métrages dénonçant le massacre des mines antipersonnel, Lumières sur un massacre, le réalisateur a par la suite soutenu les combats de notre association. Handicap International salue un humaniste, courageux et profondément engagé.

Bertrand Tavernier sur une pyramide à Paris en 1998.

Bertrand Tavernier sur une pyramide à Paris en 1998. | © Hermine Cleret/HI

Jean-Baptiste Richardier, co-fondateur de Handicap International, exprime sa tristesse et témoigne de l’engagement du réalisateur :

« Je savais bien que cela devait survenir, mais je m’y refusais ! Donateur généreux et fidèle, Bertrand Tavernier nous a offert sa confiance et son enthousiasme pour convaincre neuf de ses pairs de réaliser avec lui l’inoubliable série de courts-métrages Lumières sur un massacre. C’était en 1997, l’année de signature du Traité d’interdiction des mines antipersonnel. Bertrand Tavernier croyait dans notre combat pour une terre plus humaine et nous a apporté ce qu’il savait faire de mieux, du cinéma de vérité, du cinéma qui ne ment pas. Mes pensées vont à ses proches ainsi qu’à toute l’équipe de l’Institut Lumière qui doit être profondément affectée. Handicap International perd un ami cher. Du fond du cœur Bertrand, merci ! »

Lumières sur un massacre, 10 films contre 100 millions de mines antipersonnel

Bertrand Tavernier a été le chef d’orchestre de la production de Lumières sur un massacre en 1997, année où Handicap International a été co-lauréate du Prix Nobel de la Paix pour son combat contre les mines antipersonnel. L’objectif de cette série de courts-métrages, réalisés par des cinéastes de renommée internationale, était d’interpeller l’opinion publique sur l’ampleur de la tragédie humaine et économique provoquée par les mines antipersonnel, qualifiées alors « d’armes des lâches ».

Bertrand Tavernier et sa société de production, Little Bear, ont ainsi produit les films et œuvré à leur diffusion. Le réalisateur a également mobilisé ses confrères afin qu’ils s’engagent dans ce projet. Youssef Chahine, Jaco Van Dormael, Pierre Jolivet, Mathieu Kassovitz, Pavel Lounguine, Rithy Panh, Coline Serreau, Volker Schlöndorff, Fernando Trueba ont ainsi réalisé les courts-métrages.

Sandrine Bonnaire et Bertrand Tavernier sur le tournage de Lumières sur un massacre.

Sandrine Bonnaire et Bertrand Tavernier sur le tournage de Lumières sur un massacre. © Ph.Merchez/HI

Bertrand Tavernier avait lui-même réalisé un court-métrage intitulé Témoignage (c’est à nous d’écrire la suite de l’histoire). Sandrine Bonnaire y lisait, face caméra, une lettre écrite par Rebecca Jordan, coordinatrice du Programme Réhabilitation Economique et Social de Handicap International au Cambodge. Cette lettre raconte l'horreur ressentie à la vue d'un jeune moine dont la jambe vient d'être arrachée par une mine.

Bertrand Tavernier expliquait alors :

« Les cinéastes sont des globe-trotters, des témoins et des explorateurs de la vie. Ils se rendent dans des endroits où se côtoient exclusion, guerre, souffrance. Il y a des mots importants dans notre métier : “ Eclairer ” veut dire “ Montrer ”. Les cinéastes ont montré qu’ils sont aussi des citoyens. Ils n’hésitent pas à parler de sujets difficiles... et mettre en scène, ouvre les yeux. Ce dont je suis sûr, c’est que le sujet est important à évoquer au moment où chaque pays doit décider s'il signera ou non le Traité d’Ottawa pour l’interdiction des mines, maintenant ou plus tard... Trop de gens ignorent encore les ravages des mines et les positions hypocrites de certains gouvernements. Avec ces films, nous prendrons la parole ! ».

Depuis lors, Bertand Tavernier a soutenu les autres combats de l’association, notamment pour l’interdiction des bombes à sous-munitions. Il avait réalisé une campagne de sensibilisation pour l’association et participait régulièrement à son événement annuel de mobilisation, les Pyramides de chaussures. 


En savoir plus
Découvrez notre entretien exclusif avec Bertrand Tavernier, extrait du journal de Handicap International (septembre 1997) :

Historiquement, quel est votre premier contact avec Handicap International ?

Il y a cinq ans environ, j’ai entendu une interview à la radio. Dans la foulée j’ai envoyé un don, j’ai acheté des cartes postales... J’avais lu des choses sur les séquelles des guerres. La connaissance de Handicap International m’a permis de préciser cette prise de conscience. Je réfléchis beaucoup aux effets des guerres et au sort des personnes après les conflits. Après une révolution ou des affrontements armés, il n’y a plus de suivi de la part des médias. Moi, c’est à ce moment-là que j’éprouve le besoin de me documenter, de comprendre.

Dans quel état d’esprit avez-vous accepté de soutenir la production d’une série de films courts contre les mines ?

J’ai tout de suite été partant. Mon associé, Frédéric Bourboulon, lui aussi connaissait bien Handicap International. C’est un militant de toujours... Toute notre équipe de production était également sur la même longueur d’onde. Vous savez, l’engagement des cinéastes est particulièrement fort en France.

Justement, les réalisateurs ont-ils une responsabilité particulière par rapport à certaines problématiques de société ?

Les cinéastes sont des globe-trotters, des témoins et des explorateurs de la vie. Ils se rendent dans des endroits où se côtoient exclusion, guerre, souffrance. Il y a des mots importants dans notre métier : « Eclairer » veut dire « Montrer ». Les cinéastes français ont montré qu’ils sont aussi des citoyens. Ils n’hésitent pas à parler de la police, des quartiers ; ils étudient les périodes difficiles de l’histoire de France, le racisme, la religion… et mettre en scène ouvre les yeux.

Votre engagement est bien connu du grand public, avez-vous eu un parcours particulier pour y mettre tant d’énergie et de constance ?

Je n’ai pas été victime des guerres ou de la xénophobie. Je crois profondément à certaines idées et à ma responsabilité de citoyen. Je pense que tout film réussi témoigne d’une manière ou d’une autre d’une prise de position théorique ou idéologique.

Qu’est-ce qui vous choque le plus par rapport aux mines antipersonnel ?

Ma réponse est contenue dans un des slogans de Handicap International qui l’exprime très bien : « La guerre après la guerre ! »  ... Encore une fois, faire supporter l’après-guerre à des gens innocents et dont 90 % d’entre eux sont des civils non concernés, je trouve cela insupportable. Il y a une inconscience et une hypocrisie des politiques qui me révoltent.

Nous ne pouvons pas évoquer tous les films qui seront présentés dans quelques semaines, mais quel sera le sujet de votre propre film ?

J’ai choisi de montrer quelque chose de sobre et de contemplatif pour créer une opposition avec les sujets traités par d’autres réalisateurs. J’ai demandé à Sandrine Bonnaire de lire le témoignage d’indignation de Rebecca Jordan, jeune volontaire qui a travaillé pendant quatre ans sur le terrain pour Handicap International, et qui a vu la jambe sanguinolente d’un jeune bonze qui venait de marcher sur une mine. Bien que « préparée » à cette éventualité, elle a été choquée et horrifiée par cette vision. Cette histoire l’a amenée à écrire une lettre très forte et très émouvante que je veux restituer aux futurs téléspectateurs. Mais Sandrine Bonnaire ne jouera pas le rôle de Rebecca Jordan lisant sa propre lettre, elle expliquera qu’elle est une comédienne qui lit un témoignage réel.

Quel impact peut-on espérer de la prochaine diffusion de ces films à la télévision et au cinéma ?

Il est difficile de mesurer à l’avance l’impact d’une œuvre. Même si cela ne provoque que 10 % de prise de conscience supplémentaire, nous aurons gagné notre pari. Ce dont je suis sûr, c’est que le sujet est important à évoquer au moment où des pays se sont engagés à signer le Traité d’Ottawa pour l’interdiction des mines. Trop de gens ignorent encore les ravages des mines et les positions hypocrites de certains gouvernements. Avec ces films, nous prendrons la parole. Ce qui se passera autour des films : la presse, les interviews, tout cela fera partie des films aussi.
Comme disait Renoir :
« Il faut croire que l’on peut changer le monde, même avec 10 personnes... ».

Publié le : 26 mars 2021
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