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Regard sur le handicap : « Il faut briser les stéréotypes »

Droit Inclusion
Pérou

Depuis plus de trente ans, Giovanna Osorio Romero se bat au quotidien pour rendre la société péruvienne plus inclusive et changer le regard porté sur les personnes handicapées. Voici son témoignage.

Giovanna Osorio Romero, présidente et co-fondatrice de l’association Kipu Llaxta au Pérou, partenaire de Handicap International

Giovanna Osorio Romero, présidente et co-fondatrice de l’association Kipu Llaxta au Pérou, partenaire de Handicap International | © Victor Cano / HI

Changer de regard sur le handicap

Je m'appelle Giovanna Osorio Romero, j’ai 41 ans et je suis psychologue. J’ai un handicap physique lié à une maladie rare. Depuis plus de 30 ans, je milite pour une société plus inclusive. Mes parents ont toujours été conscients qu’ils devaient m’accompagner pour que je devienne une personne forte, capable de se défendre et de choisir par et pour elle-même. Cependant, dès que je sortais dans la rue, je me heurtais à des obstacles. Petite fille déjà, je me suis rendu compte que le regard porté sur les personnes handicapées est très différent.

Je suis devenue psychologue car j’ai réalisé que la société a besoin de personnels de santé formés à l’inclusion. Souvent, le regard porté par les professionnels de santé sur les personnes handicapées est discriminant et je veux changer cela. Aujourd’hui, lorsqu’un parent d’enfant handicapé rencontre un médecin, ce dernier lui fait la liste de ce que son fils ou sa fille ne pourra pas faire à cause de son handicap, au lieu de lui faire reconnaître ses capacités.

"Il faut apprendre aux enfants handicapés à rejeter ce regard que la société leur impose sur eux-mêmes ; les aider à reconnaître les obstacles et à les éliminer, à devenir autonomes."

Giovanna Osorio Romero

Vivre l’inclusion au quotidien

C’est de la nécessité de faire changer les choses qu’est née Kipu Llaxta en 2016. Cette association, dont je suis présidente et co-fondatrice, promeut l’inclusion et le développement des personnes handicapées.

"L’inclusion se vit et s’applique au quotidien : il n’est pas question d’actions ponctuelles mais bien de mettre en œuvre des changements durables."

Pour que les gens adoptent une approche inclusive, ils doivent comprendre que l’inclusion ne concerne pas qu’un petit groupe de personnes : elle permet à tous de cohabiter efficacement. Par exemple, combien d’entre nous utilisons un ascenseur ? Nous profitons tous des mesures d’accessibilité.

La réduction des risques inclusive

En 2018, quand on nous a proposé de faire partie du sous-groupe de gestion inclusive des risques de catastrophes du Pérou, beaucoup d’associations de personnes handicapées questionnaient l’importance et la priorité de cet enjeu.

Cela était lié à une méconnaissance de la question ; et cette méconnaissance nous rendait vulnérables. C’est pourquoi Kipu Llaxta s’est emparée de la question. Grâce au soutien de Handicap International, nous avons pu nous former en gestion des risques, pour gagner en expertise.

Le groupe de travail est composé d’institution privées et publiques, qui se réunissent pour réfléchir à la manière de rendre la gestion des risques plus inclusive, grâce à des politiques publiques, des affiches, des campagnes de communication ou des plans d’évacuation adaptés. Par exemple, il est très important de diffuser l’information de plusieurs manières : messages visuels, auditifs, textuels et graphiques. L’inclusion ne prend pas seulement en compte les personnes handicapées, elle doit aussi s’adresser aux autres groupes plus vulnérables, comme les personnes âgées ou les communautés autochtones.

Briser les stéréotypes

Grâce à notre travail, nous avons réussi à intégrer les enjeux d’inclusion et de diversité dans la formation des brigadiers communautaires. Les brigadiers sont des volontaires qui travaillent sur la prévention des risques et viennent en appui aux communautés lors de catastrophes. Par exemple, ils identifient des chemins d’évacuation ou cartographient des zones à risque. Aujourd’hui, la nouvelle promotion de brigadiers communautaires inclut des femmes, des hommes, des jeunes, des personnes âgées et moi – la première brigadière communautaire handicapée du Pérou.

Avant, les gens pensaient que les brigadiers devaient correspondre à un certain profil physique. Les personnes âgées, les jeunes ou les personnes handicapées ne pouvaient donc pas remplir ces fonctions. Aujourd’hui, la brigadière la plus active est une femme de 76 ans, qui raconte que cette mission a donné un nouveau sens à sa vie.

"Notre nouvelle promotion de brigadiers inclusifs a permis de briser les stéréotypes."

Travailler avec Handicap International

Au Pérou, il n’est pas toujours facile pour les personnes handicapées de faire partie du processus décisionnel. Souvent, on ne nous sollicite que pour valider des décisions prises préalablement. Certaines institutions ont des préjugés et veulent nous apprendre des choses que nous savons déjà, en partant du principe que nous les ignorons.

Handicap International, au contraire, sait travailler en équipe. C’est une association qui écoute et valorise l’expertise et la contribution des personnes handicapées. Ce qui me plaît le plus, c’est le type de collaboration horizontale que nous entretenons avec Handicap International. Dans cette collaboration, on peut à la fois apprendre et enseigner.

Construire une société durable

Mon objectif ? Que nous n’ayons plus besoin d’institutions ou d’associations comme Kipu Llaxta. Pour nous, il est capital de travailler sur le long terme : fournir un fauteuil roulant permet d’aider quelqu’un ponctuellement. Alors qu'en faisant bouger les règles et en modifiant les lois, on aide cette personne et toutes celles qui viendront après.

"Il ne s’agit pas d’un bénéfice ponctuel mais bien d’une amélioration durable. Nous ne sommes pas éternels et il faut que le fruit de notre travail perdure lorsque nous ne serons plus là."

> Lire également "L'inclusion du handicap, bien plus qu'un simple case à cocher"

Publié le : 14 février 2022
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