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Abdelillah : « Ne pas regarder en arrière et tourner les yeux vers l’avenir »

Réadaptation Santé
Irak

Abdelillah, 35 ans, a perdu une jambe il y a plus de dix ans lors d’affrontements armés dans sa ville d’origine en Irak. En 2014, lorsque le groupe État islamique a pris le contrôle de sa région, Abdelillah a fui au nord avec sa famille. Dans le cadre de l’assistance aux déplacés irakiens, Handicap International lui propose des séances de soutien psychosocial et de kinésithérapie.

Dans le cadre de l’assistance aux déplacés irakiens, Handicap International propose à Abdelillah des séances de soutien psychosocial et de kinésithérapie qui ont changé sa vie.

© E. Fourt / Handicap International

Se retrouver au mauvais endroit, au mauvais moment : nombreux sont les accidents de la vie qui commencent de cette façon. Et l’histoire d’Abdelillah en est une illustration. « C’était en 2005, se rappelle-t-il alors que l’équipe de soutien psychosocial de Handicap International lui rend visite dans la modeste batisse qu’il occupe avec sa famille dans le gouvernorat de Kirkouk. À l’époque, je vivais dans un village au centre de l’Irak. Un jour, alors que je me trouvais dans la rue, une attaque à la voiture piégée a eu lieu. Puis, cela a très vite été suivi d’échanges intenses de coups de feu. Une balle a traversé ma jambe et j’ai perdu connaissance. Quelques heures plus tard, je me suis reveillé à l’hôpital et j’ai réalisé que l’on m’avait amputé. Je n’ai pas pu m’empêcher de penser que je ne méritais pas ce qui m’arrivait, que ma vie n’avait désormais plus d’intérêt. Ce jour-là, j’ai sombré dans une dépression si intense qu’elle a duré pendant plusieurs années. »

Shwan, travailleur psychosocial pour Handicap International, écoute patiemment Abdelillah alors qu’il continue son récit. « Des mois après mon opération, je faisais encore des cauchemars quotidiennement. J’avais l’impression que je n’avais plus ma place dans ce monde. Dans notre société, on accorde très peu d’attention aux personnes handicapées… En 2014, les choses ont encore empiré. Nous avons dû fuir notre ville avec ma famille, pour échapper à l’avancée du groupe État islamique dans notre région. Nous nous sommes d’abord installés quelques mois à Bagdad, mais la vie y était trop dure pour nous. Nous avons ensuite pris la décision de nous rendre à Kirkouk, plus au nord, ne sachant que faire face à la situation dans laquelle nous nous trouvions. »

« J’y suis allé juste pour essayer »

La même année, Handicap International démarre une intervention d’urgence face à la crise qui ravage le pays et à l’afflux de la population syrienne fuyant la guerre voisine. En 2015, l’association développe ses activités dans le gouvernorat de Kirkouk, qui accueille désormais des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés. Une réponse globale, alliant des activités aussi variées que l’éducation aux risques des mines, la kinésithérapie, le soutien psychosocial ou encore la protection des personnes les plus vulnérables. 

Début 2016, une équipe d’éducation aux risques des mines frappe à la porte d’Abdelillah lors de l’une de ses tournées quotidiennes. Les professionnels de l’association cernent immédiatement son mal-être et lui proposent de participer à des séances collectives de soutien psychosocial. 

« Au début, je ne savais même pas ce que soutien psychosocial signifiait. J’y suis allé juste pour essayer, je ne me doutais pas que ces sessions changeraient mon existence… Dès la première séance, j’ai compris que la façon dont je me sentais dépendait en grande partie de mon attitude face à la vie. J’ai aussi réalisé que des gens m’accordaient de l’intérêt et que mon handicap ne les empêchait pas de se soucier de moi. J’ai également réalisé que d’autres personnes se trouvaient dans la même situation que moi. »

« Les progrès qu’Abdelillah a fait en si peu de temps sont impressionnants, ajoute Shwan. Il est beaucoup plus épanoui, plus positif qu’au début. On sent vraiment l’impact que les sessions ont eues sur lui. » Depuis l’intervention de Handicap International, Abdelillah a retrouvé espoir et pense de nouveau à l’avenir. Il projette d’ouvrir prochainement sa propre boutique de téléphonie et de retourner dans sa ville d’origine lorsque la paix sera revenue. « Si je pouvais donner un conseil à d’autres personnes amputées, ce serait de ne pas regarder en arrière et de tourner les yeux vers l’avenir. C’est le seul secret pour s’en sortir. »

> Lire aussi « Crise syrienne : 750 000 bénéficiaires de l’action de Handicap International »

Publié le : 3 juin 2016
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